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Du nouveau dans la prise en charge du diabète sucré chez le chien

Ecrit par Chen Gilor et Jose Estrada

Si vous trouvez le diabète sucré (DS) difficile à contrôler, poursuivez votre lecture car ce n'est pas le cas. Le traitement du DS canin n’a jamais été aussi accessible grâce à la disponibilité des insulines basales et de nouveaux traitements d'appoint.

Article

5 - 15 min

Points clés

Group 15 1

Les insulines basales à administrer une fois par jour permettent de dissocier les injections des repas, améliorant ainsi la flexibilité du traitement et la qualité de vie. 

Group 15 2

En complément de l'insuline mais indépendamment de celle-ci, un effet hypoglycémiant notable peut être obtenu grâce aux inhibiteurs du SGLT2, mais leur innocuité et leur efficacité à long terme nécessitent encore des évaluations complémentaires. 

Group 15 3

Le fénofibrate est un médicament hypolipidémiant qui améliore l’efficacité de la barrière intestinale chez les chiens diabétiques, réduisant ainsi l'inflammation intestinale et systémique.

Group 15 4

La mesure du glucose en continu (MGC ou CGM) est devenue indispensable et constitue désormais la pierre angulaire d’une bonne prise en charge des chiens diabétiques.

Une personne administre une injection à un Berger Australien calme, couché, à l'aide d'un stylo injecteur d'insuline jaune.

Introduction

Le diabète sucré (DS) demeure l’un des troubles endocriniens les plus fréquents chez le chien et continue de représenter un défi pour les vétérinaires comme pour les propriétaires d’animaux (1,2). Bien que cette maladie soit souvent diagnostiquée relativement précocement et qu'elle soit curable, le DS a longtemps eu des conséquences délétères sur l’espérance de vie des chiens, leur qualité de vie ainsi que celle des propriétaires (1-3). Cela s’expliquait sans doute en grande partie par la complexité du traitement et du suivi, la présence de comorbidités et la fatigue des propriétaires impliqués dans les soins (1,2). 

Toutefois, grâce à l’émergence de nouvelles options thérapeutiques, ces difficultés sont aujourd’hui nettement atténuées. Cet article propose une revue des développements récents concernant le DS canin et de leurs implications pratiques ; l’objectif est de fournir aux vétérinaires de nouveaux outils permettant de simplifier la prise en charge et la surveillance du diabète sucré chez le chien, tout en augmentant les chances de succès thérapeutique à long terme.

Historical DM Treatment 

Pendant plusieurs décennies, la prise en charge du DS a reposé principalement sur l'insulinothérapie, grâce à l'utilisation de suspensions d'insuline à durée d’action intermédiaire telles que l'insuline porcine lente, l'insuline protamine-zinc (PZI) et l'insuline protamine neutre Hagedorn (NPH). Toutefois, ces préparations présentent trois inconvénients majeurs : 

  1. une variabilité importante de l’action de l’insuline d’un jour à l’autre, liée à des imprécisions de dose (résultant d’une remise en suspension inconstante et de l’utilisation de seringues à insuline) ainsi qu’à une absorption variable à partir du dépôt sous-cutané ; 
  2. la nécessité d’administrer le repas au moment de l’injection afin d’éviter l’hypoglycémie ; 
  3. la nécessité d’administrer l’insuline toutes les 12 heures (4). 

 

L’association de ces contraintes conduit à des protocoles de traitement et de surveillance rigides, exigeants et parfois difficiles à supporter. Les vétérinaires recommandent généralement aux propriétaires de maintenir de horaires précis, comprenant l’administration d’insuline (exactement toutes les 12 heures), immédiatement après la prise alimentaire (avec le même type et la même quantité d’aliment), tout en évitant autant que possible les friandises. 

Si une telle rigueur peut être maintenue à court terme, l’observance est quasi impossible à garantir à long terme, notamment parce que de nombreux chiens refusent parfois de consommer un repas complet exactement à l’heure prévue par leurs propriétaires. De plus, ces protocoles thérapeutiques nécessitent des contrôles vétérinaires fréquents et peuvent exiger plusieurs mois d’ajustements de doses avant l’obtention d’un contrôle clinique satisfaisant (Figure 1). 

Une personne portant des gants bleus tient un lecteur de glycémie affichant une valeur de 121 mg/dL, avec une bandelette de test insérée dans la partie supérieure. À côté, un bouledogue est délicatement maintenu par une autre personne et paraît calme pendant la procédure de surveillance de la glycémie.
Figure 1. Le traitement classique du diabète sucré canin exige de la rigueur et des contrôles fréquents. L'ajustement de la posologie nécessite souvent plusieurs mois avant d’obtenir un contrôle clinique satisfaisant.

Développements récents

Ces dernières années, la prise en charge du DS chez le chien a connu une transformation majeure. S’inspirant des progrès de la médecine humaine, l’endocrinologie vétérinaire a adopté de plus en plus de stratégies pharmacologiques et de surveillance innovantes susceptibles d’améliorer à la fois le pronostic et la qualité de vie des chiens diabétiques.

Parmi les innovations notables figurent les analogues de l’insuline basale (qui suppriment la nécessité d’alimenter l’animal au moment de l’injection et ne nécessitent qu’une administration quotidienne à un rythme relativement flexible), les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2i), ainsi que les thérapies adjuvantes telles que le fénofibrate (5–9).

Chacune de ces traitements cible différents aspects de la physiopathologie complexe du DS, notamment l’optimisation de l’administration de l’insuline, la réduction de la réabsorption rénale du glucose, la modulation de l’appétit et de la satiété, ainsi que la restauration de l’efficacité de la barrière intestinale qui peuvent contribuer à l’inflammation systémique (5–9).

Si l'insuline demeure la pierre angulaire du traitement, l'intégration des SGLT2i et du fénofibrate dans l’arsenal thérapeutique, associée à la mesure du glucose en continu, font évoluer la prise en charge vers une approche multimodale basée sur la physiologie.

Continuous glucose monitoring

Les progrès thérapeutiques sont fortement soutenus par l’utilisation croissante des dispositifs de mesure du glucose en continu (MGC) (Figure 2) (10). Ces dispositifs fournissent des informations en temps réel sur les variations de la glycémie et permettent de mieux appréhender son évolution que les courbes glycémiques traditionnelles. L’optimisation du traitement peut ainsi être réalisée beaucoup plus rapidement et de manière plus sûre qu’auparavant.

Une bonne compréhension de la dynamique de la glycémie du chien dans son environnement est essentielle pour évaluer les nouvelles thérapies, individualiser les approches thérapeutiques et garantir la sécurité du patient (10). Les techniques de MGC ne seront pas détaillées ici ; toutefois, les auteurs insistent sur l’importance de l’associer systématiquement au suivi thérapeutique.

Lorsqu’elle est utilisée correctement (notamment avec une pose adéquate du capteur et une surveillance quotidienne à distance), la MGC permet une réduction globale des coûts pour le propriétaire, une diminution du nombre de visites en clinique vétérinaire et contribue à améliorer la qualité de vie de l’animal. 

Un petit capteur de surveillance continue du glucose (MGC) est fixé sur une zone tondue du dos d'un chien marron.
Figure 2. Les dispositifs de surveillance du glucose en continu sont bien tolérés par la plupart des chiens ; ils fournissent des données en temps réel sur les variations de la glycémie et révèlent des tendances que les courbes classiques ne permettent pas de détecter. Le traitement est ainsi optimisé plus rapidement et nécessite moins d'interventions que les méthodes traditionnelles.

Formulations basales d’insuline

Les formulations d'insuline basale recombinante sont prévues pour permettre à l’insuline d’agir durablement pendant au moins 24 heures (en effaçant le pic d'action), avec une faible variabilité d’un jour sur l’autre. Des études récentes ont commencé à évaluer l’intérêt de ces formulations chez le chien et montrent des résultats prometteurs (7,8). En raison de leur faible variabilité quotidienne et grâce à la MGC, la dose peut être rapidement ajustée, en visant un nadir glycémique relativement bas (50 à 60 mg/dL soit 2,8 à 3,3 mmol/L). Chez la plupart des chiens (et avec l’utilisation de la MGC), il est possible d’obtenir un bon contrôle de la glycémie avec une seule administration quotidienne en moins de 3 semaines, sans nécessité de visite de contrôle en présentiel (Figure 3). Une fois la dose quotidienne appropriée déterminée, l’heure exacte d’injection peut être relativement flexible, avec une marge d’environ ± 2 à 3 heures autour de l’horaire habituel (par exemple, si l’injection est généralement réalisée à 20 h, elle peut être administrée entre 18 h et 22 h).

Une personne administre une injection à un Berger Australien calme, couché, à l'aide d'un stylo injecteur d'insuline jaune.
Figure 3. Les formulations d'insuline basale recombinante sont conçues pour agir de manière régulière pendant au moins 24 heures et leurs résultats sont prometteurs. Sous réserve d’utiliser la MGC, la dose de l’injection quotidienne unique peut être rapidement ajustée et un contrôle adéquat de la glycémie est souvent obtenu en moins de trois semaines après le début du traitement.

Ce type d’insuline peut être administré indépendamment du repas, quels que soient le volume et la composition de la ration. Le nadir glycémique est généralement observé immédiatement avant le repas et l’hyperglycémie postprandiale est parfois prononcée. Chez moins de 5 % des patients, en raison d’une hyperglycémie postprandiale excessive, un contrôle glycémique satisfaisant n’est obtenu qu’avec :

  1. l’ajout d’un bolus d’insuline au moment d’un repas ;
  2. la réduction de la teneur en glucides digestibles de l’alimentation ; ou,
  3. l’ajout d’un SGLT2i.

 

Toutefois, d'après l’expérience des auteurs, passer d’un aliment sec à un aliment humide (de même composition) suffit souvent à obtenir un contrôle satisfaisant de la glycémie pour cette minorité de cas.

En dissociant l’administration d’insuline des horaires d'alimentation stricts, les insulines basales réduisent la charge pesant sur les propriétaires et facilitent la mise en place de protocoles thérapeutiques individualisés. Les propriétaires peuvent proposer des repas plus petits ou plus fréquents sans augmenter significativement le risque d’hypoglycémie ; dans certains cas, l’omission d’un repas peut également être tolérée. Cette flexibilité permet de réduire des facteurs importants contribuant à la fatigue des propriétaires et, dans certains cas, à l’euthanasie prématurée de chiens diabétiques.

En raison de leur longue durée d’action et du fait que le succès du traitement dépende de l’évaluation des effets de l’hyperglycémie postprandiale, nous recommandons de ne débuter le traitement avec une insuline basale que si une surveillance par MGC est mise en place. Une fois le contrôle glycémique atteint, nous recommandons d'utiliser le MGC de manière intermittente : tous les quelques mois ou lors de tout changement des signes cliniques ou de la routine quotidienne (par exemple la modification de l'alimentation, de l'exercice, etc.). 

Deux formulations d’insuline basale sont actuellement utilisées chez le chien, avec des protocoles et des résultats cliniques comparables : l'insuline dégludec et l'insuline glargine 300 UI/mL. Les posologies détaillées des deux formulations sont disponibles en ligne en accès libre (7,8). Ces deux formulations se présentent sous forme de solutions limpides, ne nécessitant ni mélange ni remise en suspension avant le prélèvement de la dose, ce qui améliore la précision de la posologie par rapport aux insulines en suspension. Des études menées sur des Beagles en laboratoire ont montré que la variabilité quotidienne de ces deux formulations est plus faible que celle de l’insuline lente porcine, ce qui améliore significativement la sécurité de l’administration et réduit le besoin de surveillance (11).

Chez un chien diabétique n’ayant jamais été traité, il est recommandé d’initier le traitement par l’administration de 0,5 UI/kg toutes les 24 heures. Les chiens précédemment traités avec une suspension d'insuline toutes les 12 heures, peuvent être convertis vers la glargine U-300 ou la dégludec administrée toutes les 24 heures, avec une dose initiale augmentée d’environ 30 % (par exemple, un chien recevant 10 UI de NPH toutes les 12 heures sera converti à 13 UI de dégludec toutes les 24 heures), avec l’objectif d’atteindre ultérieurement une dose quotidienne totale similaire. 

L'insuline Dégludec est un analogue de l'insuline humaine recombinante dans lequel le résidu B30 est remplacé par un acide gras (l’acide hexadécanédioïque), lié au résidu B29 par un espaceur glutamique. Après injection dans le tissu sous-cutané, elle produit des hexamères multiples qui se dissocient progressivement et de manière régulière, contrairement aux cristaux d'insuline des préparations en suspension. Après dissociation, l'insuline dégludec se lie de manière réversible à l'albumine, ce qui la protège de la dégradation, stabilise sa concentration sérique et augmente sa demi-vie et la constance de son effet (12,13). Chez le chien, l'insuline dégludec agit pendant plus de 20 heures et son profil d’action dans le temps est relativement plat (14). 

Dans un essai clinique récent, l’insuline dégludec administrée une fois par jour s’est révélée sûre et efficace chez environ 80 % des chiens diabétiques, avec une dose médiane finale de 1,3 UI/kg (intervalle 0,4–2,2 UI/kg) atteinte en 14 jours en moyenne (intervalle 3–32 jours). Ces résultats ont été obtenus malgré une proportion élevée de comorbidités (79 %) dans la population étudiée (8). Actuellement, le prix de ce produit aux États-Unis est d'environ 0,13 USD par unité, ce qui en fait l'une des formulations d'insuline les plus abordables (Tableau 1). Compte tenu de ses excellents résultats cliniques, il constitue actuellement le premier choix des auteurs pour la plupart des chiens diabétiques.

 

Tableau 1. Prix actuels de l'insuline aux États-Unis en septembre 2025. Le texte en gras désigne les formulations d'insuline basale (chez le chien).

Insuline Concentration Taille du flacon / stylo Nombre d’unités $* $/unité*
Glargine U-100 100 UI 5 x 3 ml 1500 35 0,02
NPH/Reg 70/30 100 UI 10 ml 1000 60 0,06
Dégludec 100 or -200 UI 3 ml 1000 130 0,06
Vetsulin 40 UI 10 ml 400 70 0,18
Prozinc 40 UI 10 ml 400 110 0,28
Glargine U-300 300 UI 3 x 1,5 ml 1350 495 0,36
 NB : L’insuline Détémir n'est plus disponible dans de nombreux pays ; elle est en cours de retrait à l'échelle mondiale. 

* 1 $ équivaut à 0,86 € (au 6 mars 2026)

 

L’insuline glargine 300 UI/mL possède la même structure que la glargine 100 UI/mL, mais sa concentration trois fois plus élevée réduit le volume injecté et donc la surface de la gouttelette formée, ce qui ralentit l’absorption à partir du dépôt sous-cutané. Cela se traduit par une durée d’action prolongée et un profil pharmacocinétique plus plat par rapport à la glargine 100 UI/mL. 

La glargine U-300 est également moins puissante que d’autres formulations, ce qui peut constituer un avantage chez les animaux de petite taille. 

Dans un essai clinique multicentrique portant sur 95 chiens de propriétaires, un contrôle glycémique bon ou excellent a été obtenu dans la majorité des cas traités par la glargine 300 UI/mL en monothérapie ; toutefois, seulement environ 60 % des chiens étaient contrôlés avec une administration quotidienne unique. La dose médiane finale de 1,9 UI/kg (intervalle 0,2–5,2 UI/kg) a été atteinte en moyenne en 16 jours (intervalle 3–99 jours), avec 72 % des chiens contrôlés en moins de 30 jours. Ces résultats ont été obtenus malgré une proportion élevée de comorbidités (60 %), un tiers des chiens présentant un hypercorticisme concomitant (7).

Aux États-Unis, la glargine 300 UI/mL coûte environ 0,36 USD par unité, ce qui en fait l’une des formulations les plus onéreuses (Tableau 1). Chez les chiens de petite taille nécessitant de faibles doses, elle peut toutefois constituer un excellent choix en raison de sa faible puissance.

Chez l’humain, l’insuline glargine 100 UI/mL présente déjà un profil pharmacodynamique relativement prolongé et sans pic, avec une variabilité quotidienne réduite par rapport aux insulines intermédiaires en suspension, bien qu’elle soit inférieure à la glargine 300 UI/mL. On ignore si cette différence existe également chez le chien. Bien que cette formulation ait été utilisée chez le chien à raison de deux injections quotidiennes (15,16), son utilisation comme insuline basale n’a pas été étudiée. 

* 1 $ équivaut à 0,86 € (au 6 mars 2026)

En s’inspirant des avancées de la médecine humaine, l’endocrinologie vétérinaire adopte de plus en plus des stratégies pharmacologiques et de suivi innovantes, susceptibles d’améliorer à la fois le pronostic et la qualité de vie des chiens diabétiques.

Chen Gilor

Les inhibiteurs du SGLT2 dans le DS canin

Les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2i) ont révolutionné la prise en charge du diabète de type 2 chez l’humain et chez le chat, en permettant de réduire la glycémie indépendamment de l'insuline, grâce à la stimulation de l’excrétion urinaire du glucose. L’intérêt de ces inhibiteurs dépasse le simple contrôle de la glycémie : des effets cardioprotecteurs et néphroprotecteurs ont également été démontrés chez les patients humains non-diabétiques. Il existe donc un intérêt croissant pour évaluer si des bénéfices similaires pourraient être observés chez les chiens atteints de diabète sucré spontané (5). Contrairement à la plupart des chats et des humains atteints, les chiens diabétiques sont incapables de produire de l’insuline et ne sont donc pas candidats à un traitement par inhibiteurs du SGLT2 en monothérapie. Ces médicaments pourraient cependant être utiles en association avec l’insulinothérapie. Dans ce contexte, le risque d’acidocétose diabétique euglycémique, la complication majeure observée chez l’humain et le chat, est probablement moins préoccupant chez le chien. En revanche, les inhibiteurs du SGLT2 pourraient augmenter le risque d’hypoglycémie induite par l’insuline (5,18). 

À ce jour, deux rapports validés par un comité de lecture ont évalué l’intérêt de l'administration de SGLT2i à des chiens diabétiques : l'un porte sur la canagliflozine (commercialisée dans certains pays) et l'autre sur le DWP16001, un nouveau SGLT2i. Dans ces deux études, les inhibiteurs du SGLT2 ont été utilisés comme traitement adjuvant quotidien à une insuline à action intermédiaire. Dans les deux cas, leur administration a entraîné une diminution de la glycémie, une réduction de la dose d’insuline nécessaire, et aucun cas d’acidocétose euglycémique (5,19). Lorsque la surveillance était réalisée par MGC, les inhibiteurs du SGLT2 réduisaient les variations de glycémie mais augmentaient la fréquence des valeurs basses de glucose interstitiel (sans hypoglycémie clinique rapportée) (19). Une administration sur plusieurs mois entraînait également une perte de poids (5).

Bien que les données n’aient pas encore été publiées au moment de la rédaction de cet article, la velagliflozine, la bexagliflozine (toutes deux disponibles sous forme vétérinaire dans certains pays) ainsi que la dapagliflozine, semblent également efficaces chez le chien avec des résultats comparables. Selon la dose utilisée, ces médicaments peuvent néanmoins entraîner une augmentation de la polyurie et de la polydipsie.

Sur la base des données disponibles et de l’expérience clinique des auteurs, il est envisageable d'utiliser les SGLT2i chez les chiens diabétiques difficiles à contrôler avec l'insuline seule, en particulier lorsque l'insulinorésistance entraine des besoins en insuline élevés (ce qui peut également faire baisser le coût global du traitement), ou chez les chiens insuffisamment contrôlés avec une insuline basale et qui présentent une hyperglycémie postprandiale excessive.

In people, in addition to eDKA and hypoglycemia, SGLT2i’s also increase the risk of mycotic urinary tract infections and volume depletion (18). While these adverse effects have not been observed in the canine studies conducted so far, the small sample sizes and short follow-up periods limit the conclusions that can be drawn. Therefore, careful monitoring, along with larger and longer-term trials in client-owned populations, is essential before these agents can be widely recommended. Their use will likely require integration with CGM and blood ketone monitoring to identify both benefits and risks* early in treatment.

Chez l'humain, les SGLT2i augmentent le risque d’acidocétose diabétique euglycémique et d'hypoglycémie mais également celui d'infections urinaires fongiques et de déplétion volémique (18). Bien que ces effets indésirables n’aient pas été observés dans les études canines publiées à ce jour, la taille limitée des échantillons et la courte durée de suivi ne permettent pas d’éliminer cette hypothèse chez le chien. Par conséquent, une surveillance attentive associée à des essais cliniques de plus grande ampleur et à plus long terme sur des chiens de propriétaires sont nécessaires avant de pouvoir recommander largement ces molécules. Leur utilisation devra sans doute s’accompagner d’une MGC et de la surveillance de la cétonémie afin d'identifier précocement les bénéfices et les risques en début de traitement.

Le fénofibrate et la barrière intestinale  

Dans plusieurs modèles de DS (chez l'humain, les rongeurs, le chien et le chat), l'hyperglycémie provoque un dysfonctionnement de la barrière intestinale et des altérations du microbiote local, qui contribuent ensuite à une inflammation intestinale et systémique ainsi qu’à une instabilité métabolique (6,20-23). Le fénofibrate est un agoniste des récepteurs alpha activés par les proliférateurs de peroxysomes (PPARα), largement utilisé dans le traitement de l'hyperlipidémie. Il suscite l’intérêt en endocrinologie vétérinaire pour ses effets potentiels au-delà du seul contrôle lipidique ; il pourrait également aider à renforcer l’efficacité de la barrière intestinale lors de DS. Chez les chiens diabétiques, le fénofibrate pourrait contribuer à restaurer la fonction de la barrière intestinale et à améliorer la prise en charge globale du DS (6,23). Administrée à la dose de 10 mg/kg PO q24h, une formulation nanocristalline micronisée de fénofibrate renforce l'intégrité de la barrière épithéliale intestinale en augmentant l'expression des protéines des jonctions serrées, en diminuant la perméabilité aux agents bactériens, en limitant l'infiltration lymphocytaire de l’épithélium intestinal et en réduisant l'inflammation systémique (6,23). Les formulations génériques de fénofibrate peuvent nécessiter une augmentation de la dose d'environ 50 % (Figure 4). 

Une boîte de gélules de fénofibrate dosées à 100 mg, avec deux plaquettes thermoformées contenant des gélules jaunes placées devant la boîte.
Figure 4. Le fénofibrate peut contribuer à renforcer la barrière intestinale des chiens diabétiques. La forme nanocristalline micronisée (peu coûteuse et aisément disponible en pharmacie) est recommandée, à la dose 10 mg/kg PO q24h. Les formulations génériques peuvent nécessiter une dose plus élevée.
Les auteurs utilisent régulièrement le fénofibrate pour traiter l'hyperlipidémie chez les chiens (diabétiques ou non), à une dose comprise entre 2 et 20 mg/kg, sans effet indésirable apparent. Des essais cliniques à long terme seront néanmoins nécessaires pour prouver que l'amélioration de la fonction de barrière intestinale chez les chiens diabétiques est associée à des bénéfices cliniques tels qu'un meilleur contrôle de la glycémie, une réduction des besoins en insuline ou une amélioration de l’espérance de vie. L'expérience clinique actuelle suggère déjà une diminution globale de la fréquence des signes digestifs chez les chiens diabétiques.

Bien que l'insuline demeure un élément crucial du traitement, l'intégration des inhibiteurs du SGLT2 (SGLT2i) et du fénofibrate dans le schéma thérapeutique – renforcée par la surveillance du glucose en continu – témoigne d'une évolution vers une approche de soins multimodale et basée sur la physiologie.

Jose Estrada

Conclusion

L’association d’analogues de l’insuline basale et de la mesure du glucose en continu (MGC) constitue une avancée majeure dans la prise en charge du diabète sucré canin. Cette approche simplifie la gestion pour le vétérinaire et rend le traitement nettement moins contraignant, moins chronophage et généralement moins coûteux pour les propriétaires.

Les insulines basales présentent des profils pharmacodynamiques plus prévisibles et une durée d’action plus prolongée que les formulations d’insuline traditionnelles, ce qui réduit la variabilité glycémique d’un jour sur l’autre et simplifie les schémas posologiques.

Lorsqu’elles sont utilisées en association avec la surveillance par MGC et, dans certains cas, avec une insuline prandiale adjuvante, ces formulations permettent d’améliorer le contrôle de la glycémie, d’augmenter la qualité de vie et de prolonger l’espérance de vie à long terme des chiens diabétiques.

A l’avenir, les inhibiteurs du SGLT2 représentent également une piste prometteuse pour la prise en charge multimodale du diabète sucré canin, en particulier lorsqu’ils sont associés aux analogues d’insuline basale et que l’ajustement de la posologie s’appuie sur la MGC.

De même, le fénofibrate pourrait contribuer à limiter certaines complications du diabète. Les effets cliniques de ces traitements adjuvants à l’insulinothérapie devront cependant être confirmés par des études contrôlées à grand échelle. 

Références

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Chen Gilor

Chen Gilor

DMV, PhD, Dipl. ACVIM, Département de Sciences cliniques des animaux de compagnie, Université de Floride, Gainesville, FL, États-Unis

Après avoir enseigné à l'Université Davis de Californie (2016-2019) et à l'Université d'État de l'Ohio (2012-2016), le Dr Gilor est actuellement Professeur à l'Université de Floride. Il a auparavant exercé comme praticien généraliste et fut aussi consultant en médecine interne pour un laboratoire vétérinaire international. Le Dr Gilor est diplômé de l'Université hébraïque d'Israël depuis 1997 et a obtenu son doctorat à l'Université de l'Illinois en 2010, où il a également effectué un internat de trois ans en médecine interne des animaux de compagnie. Diplômé de l'American College of Veterinary Internal Medicine depuis 2008, il s’intéresse particulièrement au diabète sucré et à l’obésité.

Jose Estrada

Jose Estrada

DMV, MS, Département de Sciences cliniques des animaux de compagnie, Université de Floride, Gainesville, FL, États-Unis

Le Dr Estrada se consacre actuellement à l’exercice clinique et à la recherche sur le diabète félin et canin, grâce à un programme de recherche financé par l'ACVIM à l'Université de Floride. Il a obtenu son diplôme de docteur vétérinaire, ainsi qu’une maîtrise en sciences, à l'Université nationale autonome du Mexique. Il y a également suivi une formation clinique en médecine et chirurgie des animaux de compagnie avant d'entreprendre une résidence en médecine interne des animaux de compagnie à l'Université d'État du Kansas.

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