HomeVétérinaireChanger de regard sur l’obésité en médecine vétérinaire

Changer de regard sur l’obésité en médecine vétérinaire

Ecrit par Georgia Woods-Lee et Alexander German

Nous devons repenser la façon dont nous gérons l’obésité, depuis sa classification jusqu'à la manière de structurer une prise en charge individualisée. 

Article

5 - 15 min
Photo d’un vétérinaire caressant un chien tout en parlant à son propriétaire dans la salle d’attente d’une clinique

Points clés

Group 15 1

Le diagnostic de l’obésité repose principalement sur l’association de pesées régulières et l’évaluation de la note d’état corporel (NEC) ; bien que des méthodes plus précises existent, elles sont généralement peu utilisées en routine.

Group 15 2

Pour déterminer si l'obésité a des effets délétères sur la santé de l’animal, l'examen clinique doit être complété par des questions ciblées ; les informations fournies par le propriétaire sont nécessaires pour faire une évaluation globale. 

Group 15 3

L'obésité s'accompagne souvent d'autres maladies qui doivent également être prises en charge, mais la présence de comorbidités ne doit pas empêcher de traiter l'obésité.

Group 15 4

Il est proposé de distinguer deux catégories d’obésité : préclinique et clinique. Cela peut contribuer à clarifier la manière dont l’obésité est prise en charge par l’ensemble de l’équipe vétérinaire.

Introduction

L'obésité des animaux de compagnie est une maladie chronique dont la fréquence devient de plus en plus préoccupante à l'échelle mondiale. Une récente étude épidémiologique à grande échelle menée dans des cliniques vétérinaires nord-américaines, portant sur près de 5 millions de chiens et plus d'un million de chats (1), a estimé la prévalence du surpoids et de l'obésité à 62,7 % chez les chiens (50,1 % de surpoids, 12,6 % d’obésité) et à 66,5 % chez les chats (44,8 % de surpoids, 21,7 % d’obésité) (Figure 1). Cette étude a également souligné que la prévalence de l'obésité augmentait avec l'âge, atteignant son niveau le plus élevé au stade d’adulte mature.

Les évolutions récentes des perspectives en médecine humaine et médecine vétérinaire ont permis de mieux comprendre l'obésité et ses implications cliniques. Cet article présente de manière approfondie la nouvelle classification de l'obésité ainsi que ses avantages, notamment pour aider à mieux distribuer les rôles et les responsabilités au sein de l'équipe vétérinaire. Un changement de regard favorise non seulement l'élaboration de stratégies de prise en charge individualisées mais soutient également la priorisation des interventions dans les situations où les comorbidités complexifient le tableau clinique.

Photo d’un chat passant par une chatière dans la porte d’une maison
Figure 1. Des statistiques récentes suggèrent que plus de 60 % des chiens et des chats en Amérique du Nord sont en surpoids ou obèses. Ce phénomène entraîne des conséquences graves à long terme pour la santé des animaux. © Shutterstock

L’obésité est-elle une maladie ?

Il existe depuis longtemps un débat sur la question de savoir si l’obésité doit être considérée comme une maladie, tant chez l’être humain que chez les animaux de compagnie (2,3). Les partisans de cette classification soutiennent que l’obésité remplit tous les critères de la définition d’une maladie et que la reconnaître comme telle pourrait améliorer l’accès aux soins. Les opposants, quant à eux, mettent en avant l’hétérogénéité entre les patients (deux personnes ou deux animaux pouvant présenter la même quantité de masse grasse, mais avec un impact très différent sur la santé) et estiment qu’il serait préférable de la considérer comme un facteur de risque plutôt que comme une maladie. 

Les avancées récentes en médecine humaine conduisent à distinguer l'obésité clinique de l’obésité préclinique, selon le degré de perturbation fonctionnelle causée par l'excès de masse grasse. Ce modèle est en cours d’adaptation à la pratique vétérinaire.

Georgia Woods-Lee

Nouvelle classification

Ce débat a été directement abordé par une récente commission du Lancet, composée de 58 experts internationaux de l’obésité, initialement réunie en 2022 et a publié son rapport début 2025 (4). Cette revue a été mandatée afin d’éclairer la prise de décision clinique et de hiérarchiser les interventions thérapeutiques. Le groupe a procédé à une analyse exhaustive des données scientifiques disponibles, avant de parvenir à un consensus et de publier ses conclusions (4). La commission a défini l’obésité par la présence d’un excès d’adiposité, avec ou sans altération de la fonction normale des organes et des systèmes, ni retentissement sur la vie quotidienne. La commission a également recommandé de subdiviser les cas d’obésité en fonction de leur impact sur la santé. Il a été suggéré de classer l'obésité en deux catégories : clinique et préclinique. La catégorie clinique concerne les cas où l'excès de masse grasse entraîne un dysfonctionnement responsable d’une maladie systémique chronique. Dans la catégorie préclinique, l’état d’obésité est reconnu mais la fonction est globalement préservée ; toutefois, le risque d’évolution vers une obésité clinique est élevé.

Peu après la publication, il a été suggéré que la médecine vétérinaire adopte une approche similaire (5). En s’appuyant sur des paramètres comparables et adaptés pour la définition, la classification et le diagnostic de l’obésité chez les animaux, cette approche reconnaît que l’obésité peut être considérée à la fois comme une maladie chronique dans les cas cliniques et comme n'étant pas encore une maladie dans les cas précliniques. Cette segmentation contribue ainsi à clarifier les modalités de prise en charge de l’obésité chez les animaux de compagnie par l’ensemble de l’équipe vétérinaire.

La distinction entre obésité clinique et obésité préclinique repose à la fois sur les résultats de l'examen clinique et sur les informations fournies par le propriétaire du chat ou du chien à propos de l'impact de l'obésité sur la vie de son animal.

Alexander German

Définir l’obésité chez les animaux de compagnie

En clientèle vétérinaire généraliste, ce sont surtout des pesées régulières et l’évaluation de la note d’état corporel (NEC) qui permettent d’identifier l'obésité (6). Bien que d’autres méthodes plus précises soient disponibles, telles que l’absorptiométrie biphotonique à rayons X (DEXA) (7), elles sont peu applicables en pratique courante, ce qui fait de la NEC l’outil privilégié en première intention. Avec le système de notation en 9 points, une NEC ≥ 5/9 correspond à un état de surpoids ou d’obésité. Une NEC de 6–7/9 est compatible avec un phénotype de surpoids, tandis qu’une NEC de 8–9/9 correspond à un phénotype d’obésité. Cette accumulation excessive de tissu adipeux est associée à des effets néfastes sur la santé, directs et indirects. Après identification d’un phénotype obèse, il convient donc d’en préciser la nature, en déterminant s’il s’agit d’une obésité préclinique ou clinique. Cette distinction facilite l’élaboration de stratégies thérapeutiques adaptées, la priorisation des objectifs et la répartition des responsabilités entre le vétérinaire et l’ASV, selon le degré d’implication clinique requis.

La différenciation entre obésité clinique et préclinique repose sur les résultats de l’examen clinique, les informations fournies par le propriétaire concernant l’impact de l’obésité sur la vie quotidienne et la qualité de vie de l’animal, et dans certains cas, sur des tests diagnostiques complémentaires (hématologie, biochimie, analyses d’urine). Les effets délétères sur la santé susceptibles d’être observés dans les cas d’obésité clinique sont présentés dans le Tableau 1 (5). Cette classification repose sur la mise en évidence d’anomalies à l’examen clinique associées à des perturbations des paramètres hématologiques et biochimiques.

 

Tableau 1. Effets néfastes directs de l’obésité clinique sur la santé (d’après 5).

 

Anomalies cliniques Observation ou découverte
Adiposité excessive Une NEC de 8-9/9 ou plus
Augmentation du poids de ≥ 30 % depuis le début de l'âge adulte, selon le dossier clinique
Dysfonctionnements organiques Troubles musculo-squelettiques

Diminution de l’activité, intolérance à l'exercice, boiterie.

Baisse générale de la mobilité et de la capacité à accomplir les activités quotidiennes signalée par le propriétaire

Troubles de l’appareil respiratoire supérieur  Ronflements, stertor, sommeil perturbé
Difficultés respiratoires à l’effort  Polypnée excessive lors d’un effort modéré, respiration bruyante ou altérée, ventilation et oxygénation accrues lors d’anesthésie générale
Troubles cardiovasculaires Altération de la structure ou de la fonction cardiaque
Troubles métaboliques Augmentation de la glycémie, de la cholestérolémie et de la triglycéridémie, élévation de la pression artérielle
Anomalies des enzymes hépatiques Exemple : élévation du taux d’alanine aminotransférase (ALAT) ou des phosphatases alcalines (PAL)
Troubles rénaux Fonction réduite entrainant une protéinurie
Maladies du bas appareil urinaire (MBAU)  Dysfonctionnement du bas appareil urinaire, infections urinaire subcliniques 
Troubles de la reproduction Infertilité, dystocie
Troubles cutanés Peau et pelage en mauvais état, toilettage insuffisant, escarres, kystes interdigitaux
Qualité de vie réduite Résultats médiocres/faibles obtenus à partir d’un questionnaire sur la qualité de vie

 

Afin de déterminer si l’obésité a des répercussions négatives sur la santé d’un chat ou d’un chien, il est essentiel de compléter l’examen clinique par un questionnement ciblé. Les animaux pouvant paraître cliniquement non affectés en consultation, des informations supplémentaires fournies par les propriétaires concernant le comportement et l'état de l'animal dans son environnement domestique sont nécessaires pour réaliser une évaluation complète. D’après l’expérience des auteurs, les questions proposées dans l’Encadré 1 seront utiles pour poser un diagnostic d’obésité clinique.

 

Encadré 1. Questions à poser aux propriétaires pour estimer l’impact direct de l’obésité sur la santé de leur animal.

 

Questions générales

  • Pensez-vous que votre animal est gêné par son poids ? 
  • Pensez-vous que votre animal est aussi actif que d’habitude ?  
  • Votre animal peut-il courir très vite ?
  • Votre animal ronfle-t-il quand il dort ou fait-il des bruits respiratoires quand il est éveillé ?
  • Que pensez-vous de l’état de la peau et du pelage de votre animal ? 

Questions supplémentaires à propos du chien

  • Votre chien halète-t-il beaucoup quand il se promène ? 
  • Votre chien peut-il sauter sur le canapé ou dans la voiture comme vous l’aimeriez ?
  • Votre chien a -t-il besoin de faire des pauses pendant ses promenades ? 

Questions supplémentaires à propos du chat

  • Votre chat fait-il des siestes dans des endroits situés en hauteur ?
  • Votre chat est-il capable de sauter sur une table ?
  • Vote chat grimpe-t-il ?
  • Votre chat chasse-t-il ?

 

Effets indirects sur la santé

Les principaux effets indirects de l’obésité sur la santé résultent du développement de maladies concomitantes. Ces affections peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

  • Celles qui provoquent l’obésité (comme par exemple, l’hypothyroïdie ou l’hyperadrénocorticisme) ;
  • Celles pour lesquelles l’obésité constitue un facteur de risque ou un facteur aggravant (dites « maladies associées à l’obésité ») ;
  • Celles qui surviennent indépendamment de l’obésité (dites « comorbidités »), mais qui doivent néanmoins être prises en compte dans la gestion.

Parmi les maladies associées à l’obésité, pour lesquelles l'obésité est soit un facteur de risque, soit un facteur aggravant, on trouve : 

  • des affections musculo-squelettiques (8-10) telles que l'arthrose, les lésions du ligament croisé, la dysplasie de la hanche ;
  • des affections cardiorespiratoires (11-16) telles que le collapsus trachéal, l'altération de la fonction cardiaque, une mauvaise ventilation ou une mauvaise oxygénation ;
  • des affections endocriniennes (9,17) telles que le diabète sucré, l'hypothyroïdie, l'hyperadrénocorticisme ;
  • des tumeurs (9) ;
  • des affections du bas appareil urinaire (10,18,19) ;
  • divers autres troubles, notamment l’altération de la qualité de la peau et du pelage, le stress oxydatif, les comportements indésirables (tels que le vol ou la défense de la nourriture) (20) et l’augmentation du risque anesthésique.

Il n’est donc pas rare que l’obésité soit associée à d’autres maladies qui nécessitent également une prise en charge. Il est essentiel de souligner que la présence d’une comorbidité ne doit pas empêcher le traitement de l’obésité (Figure 2). Une approche individualisée est indispensable car les effets directs et indirects de l’obésité sur la santé varient d'un cas à l'autre. Pour chaque cas, il convient d’évaluer l’affection ayant le plus fort impact clinique ; néanmoins, dans la grande majorité des cas, une réduction pondérale thérapeutique peut et doit être entreprise, moyennant des ajustements raisonnables. Deux études de cas illustrent cette démarche diagnostique et la prise en charge de l’obésité.

Photo d’un vétérinaire caressant un chien tout en parlant à son propriétaire dans la salle d’attente d’une clinique
Figure 2. L'obésité coexiste souvent avec d'autres maladies mais la prise en charge des comorbidités ne doit jamais retarder ou empêcher le traitement de l'obésité. © Shutterstock

Case 1. Jackson.

Signalement

  • Race :  Malamute d’Alaska x Chow Chow
  • Sexe : mâle castré
  • Âge : 8 ans
  • Poids de départ : 58 kg
  • Note d’état corporel (NEC) : 9/9

Motif de consultation

  • Intolérance à l’exercice, léthargie, ronflements (Figure 3)

Historique et résultats de l’examen clinique

  • Obésité, arthrose, faible concentration en thyroxine sérique (T4)

Diagnostic

  • Obésité clinique avec hypothyroïdie concomitante

Objectifs prioritaires

  • Obtenir une perte de poids thérapeutique 
  • Compenser le déficit en hormones thyroïdiennes 
  • Améliorer la mobilité et la tolérance à l’exercice 
  • Améliorer la qualité de vie
  • Prévenir l’aggravation de l’obésité et de ses effets délétères sur la santé 

Résultats

  • Poids final : 42 kg
  • Poids perdu : 16 kg
  • Pourcentage de poids perdu : 28 %
  • Durée de la perte de poids : 346 jours (49 semaines)
  • Rythme moyen de perte de poids : 0,6 % par semaine

Le programme de perte de poids a donné d'excellents résultats chez Jackson (Figure 4). En outre, sa léthargie a disparu, son niveau d'activité et sa mobilité se sont considérablement améliorés. Sa qualité de vie a donc beaucoup progressé.

Commentaires à propos du cas de Jackson

Ce cas a nécessité l'intervention d'un vétérinaire et d'une ASV. Le vétérinaire a diagnostiqué l'obésité et l’hypothyroïdie ; il a prescrit de la lévothyroxine pour traiter cette dernière. Une fois l'état de Jackson stabilisé, l’ASV a pu mettre en place un régime hypocalorique et surveiller ses effets. Le chien a reçu un aliment sec spécialement formulé (ROYAL CANIN® Satiety) pour faciliter la perte de poids. 

L'hypothyroïdie est souvent considérée comme une cause d'obésité chez le chien mais elle est beaucoup plus rare que ne le pensent généralement les propriétaires et les vétérinaires : moins de 1 % des chiens obèses sont hypothyroïdiens (9). Néanmoins, lorsque l’hypothyroïdie est présente, un traitement s’impose car l’insuffisance thyroïdienne rend la perte de poids difficile. Dans de tels cas, un médicament de substitution visant à remplacer l'hormone thyroïdienne est nécessaire pour que la prise en charge de l'hypothyroïdie soit efficace, en parallèle du protocole de traitement de l'obésité. 

Photo d’un chien croisé en surpoids
Figure 3 (Jackson avant)
Photo du même chien croisé après un traitement de perte de poids
Figure 4 (Jackson après)

Case 2. Ruby.

Signalement

  • Race : Européen
  • Sexe : femelle stérilisée
  • Âge : 9 ans
  • Poids de départ : 7,3 kg
  • Note d’état corporel (NEC) : plus de 9/9

Motif de consultation

  • Obésité, réduction de l’activité et de la mobilité (Figure 5).

Historique et résultats de l’examen clinique

  • Outre l'obésité, une azotémie (augmentation de l’urémie et de la créatininémie) a été mise en évidence lors du bilan biochimique sanguin. Des examens supplémentaires, notamment une analyse d'urine et une mesure indirecte de la pression artérielle, ont permis de diagnostiquer une maladie rénale chronique (MRC) précoce de stade 2 selon la classification de l'International Renal Interest Society (IRIS) (21).

Diagnostic

  • Obésité clinique et comorbidité (MRC de stade 2 précoce selon l’IRIS)

Objectifs prioritaires

  • Perdre du poids, ralentir l’aggravation de la maladie rénale, maintenir la masse musculaire, prévenir toute prise de poids supplémentaire et les conséquences associées sur la santé, et améliorer la qualité de vie.-

Résultats

  • Poids final : 5.6 kg
  • Poids perdu : 1,7 kg
  • Pourcentage de poids perdu : 23 %
  • Durée de la perte de poids : 209 jours (30 semaines)
  • Rythme moyen de perte de poids : 0,8 % par semaine

La perte de poids a été très nette (Figure 6). La mobilité et le niveau d'activité se sont considérablement améliorés. Les paramètres biochimiques rénaux sont restés stables, sans aggravation de la MRC.

Commentaires à propos du cas de Ruby

Ce cas complexe a nécessité beaucoup d’attention de la part du vétérinaire et de l’ASV pour aboutir à ces résultats positifs. Il a notamment fallu veiller à ce que la perte de poids puisse avoir lieu en toute sécurité, sans aggravation de la MRC.

Une alimentation mixte a été choisie, associant un aliment humide et un aliment sec, spécialement formulés (ROYAL CANIN® Satiety) pour faciliter une perte de poids en toute sécurité. Ces aliments se caractérisent par leur richesse en protéines, ce qui aurait pu être problématique car ce type d’aliments ont presque toujours une teneur plus élevée en phosphore et, par conséquent, ne seraient généralement pas recommandés pour les chats atteints de MRC, pour lesquels une réduction de l'apport en phosphore est habituellement recommandée. Cependant, il s’agit ici d’une MRC précoce et la réduction de la ration quotidienne permet d’empêcher que l'apport quotidien en phosphore soit excessif. De plus, cette alimentation est prévue pour être distribuée uniquement pendant la période de perte de poids. Une fois celle-ci terminée, il conviendra de passer à un aliment formulé pour la stabilisation du poids tout en présentant une restriction en phosphore adaptée au stade de la MRC et de la phosphatémie : soit un aliment formulé pour les chats âgés (si la phosphatémie est inférieure à 1,5 mmol/L ; stade 1-2 précoce de l’IRIS), soit un aliment diététique à visée rénale (si la phosphatémie est supérieure à 1,5 mmol/L - stade 2 de l’IRIS).

Tout au long de la période de perte de poids, des bilans biochimiques sanguins ont été effectués régulièrement pour s'assurer que la MRC ne progressait pas. Le poids cible a été ajusté afin de favoriser la perte de masse grasse tout en préservant la masse maigre. Par conséquent, un plan de perte de poids partiel a été choisi, avec une perte de 20 % recommandée comme objectif initial (comparativement à la perte de poids de 45 % qui aurait été nécessaire pour ramener le chat à une NEC de 5/9, un protocole dit de perte de poids « complète »). La perte de masse maigre est en effet proportionnelle à la perte totale de poids obtenue pendant le régime et lorsque celle-ci est importante (> 20 %), cela provoque toujours une perte notable de masse maigre. Celle-ci sera mieux préservée en visant une perte de poids plus modeste (de 10-15 %). Ici, l’objectif de 20 % choisi pour Ruby a permis de trouver l’équilibre entre les avantages et les inconvénients potentiels.

Photo d’un chat européen à poil court en surpoids
Figure 5 (Ruby avant)
Photo du même chat européen à poil court après un traitement de perte de poids
Figure 6 (Ruby après)

Conclusion

La classification de l’obésité chez les animaux de compagnie fait l’objet de débats de longue date, notamment sur la question de savoir si elle doit être considérée comme une maladie, ce qui a sans doute entraîné des parcours de traitement incohérents et une ambiguïté quant aux responsabilités professionnelles. Les avancées récentes en médecine humaine ont de reconnaître l'obésité comme étant soit clinique, soit préclinique, en fonction du degré de perturbation fonctionnelle causée par l'excès d'adiposité, un modèle actuellement en cours d’adaptation à la pratique vétérinaire.

Chez le chat et le chien, le degré d’adiposité est principalement évalué à l’aide de la NEC, tandis que sa signification clinique est déterminée par l’examen physique, les informations rapportées par le propriétaire et les résultats d’analyses biologiques. Cette approche devrait permettre une plus grande clarté dans la prise en charge et souligner la nécessité d’aborder les comorbidités simultanément à la perte de poids. Reconnaître l’obésité comme une affection multifactorielle et interdépendante permet finalement d’intervenir à meilleur escient, de manière plus individualisée et efficace, afin d’améliorer la santé et la qualité de vie des animaux de compagnie. 

 

Références

1. Montoya M, Peron F, Hookey T, et al. Overweight and obese body condition in 4.9 million dogs and 1.3 million cats seen at primary practices across the USA: Prevalences by life stage from early growth to senior. Prev. Vet. Med. 2025;235:06398.

2. Ward E, German AJ, Churchill JA. The Global Pet Obesity Initiative Position Statement. https://static1.squarespace.com/static/6425ec5d33eaaa634113b2d4/t/653e5870610dff50a2fa1013/1698584719824/Global+pet+obesity+initiative+position+statement_2019.pdf (2019). Accessed 23rd September 2025.

3. BVA, BVNA, BVZS and BEVA policy position on obesity in dogs, cats, horses, donkeys and rabbits. 2020. chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://www.bva.co.uk/media/3270/bva-bvna-bvzs-and-beva-policy-position-on-obesity-in-dogs-cats-horses-donkeys-and-rabbits-full.pdf Accessed 23rd September 2025

4. Rubino F, Cummings DE, Eckel RH, et al. Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. Lancet Diab. Endocrinol. 2025;13(3):221-262.

5. German AJ, Woods G, Ward E, et al. ‘We should adopt new definitions for clinical obesity in companion animals’. Vet. Rec. 2025;196:197-198.

6. Freeman L, Becvarova I, Yathiraj S, et al. WSAVA nutritional assessment guidelines. Compend. Contin. Educ. Vet. 2011;33:1-12.

7. Speakman JR, Booles D, Butterwick R. Validation of dual energy X-ray absorptiometry (DXA) by comparison with chemical analysis of dogs and cats. Int. J. Obes. 2001;25:439-447.

8. Brady RB, Sidiropoulos AN, Bennett HJ, et al. Evaluation of gait-related variables in lean and obese dogs at a trot. Am. J. Vet. Res. 2013;74:757-762.

9. German AJ. The growing problem of obesity in dogs and cats. J. Nutr. 2006;136: 1940S-1946S.

10. Lund EM, Armstrong PJ, Kirk CA, et al. Prevalence and risk factors for obesity in adult dogs from private US veterinary practices. Int. J. Appl. Res. Vet. Med. 2006;4:177.

11. Bach JF, Rozanski EA, Bedenice D, et al. Association of expiratory airway dysfunction with marked obesity in healthy adult dogs. Am. J. Vet. Res. 2007;68:670-675.

12. Manens J, Bolognin M, Bernaerts F, et al. Effects of obesity on lung function and airway reactivity in healthy dogs. Vet. J. 2012;193:217-221.

13. Mosing M, German AJ, Holden SL, et al. Oxygenation and ventilation characteristics in obese sedated dogs before and after weight loss: A clinical trial. Vet. J. 2013;98:367-371.

14. García-Guasch L, Caro-Vadillo A, Manubens-Grau J, et al. Pulmonary function in obese vs non-obese cats. J. Feline Med. Surg. 2015;17:494-499.

15. Partington C, Hodgkiss-Geere H, Woods GRT, et al. The effect of obesity and subsequent weight reduction on cardiac structure and function in dogs. BMC Vet. Res. 2022;18:351.

16. Partington C, Hodgkiss-Geere H, Woods GRT, et al. The effect of obesity and subsequent weight reduction on cardiac structure and function in dogs. BMC Vet. Res. 2022;18:1-13.

17. German AJ, Hervera M, Hunter L, et al. Improvement in insulin resistance and reduction in plasma inflammatory adipokines after weight loss in obese dogs. Domest. Anim. Endocrinol. 2009;37:214-226.

18. Lund EM, Armstrong PJ, Kirk CA, et al. Prevalence and risk factors for obesity in adult cats from private US veterinary practices. Intern. J. Appl. Res. Vet. Med. 2005;3:88-96.

19. Teng KT, McGreevy PD, Toribio JA, et al. Associations of body condition score with health conditions related to overweight and obesity in cats. J. Small Anim. Pract. 2018;59:603-615.

20. German AJ, Blackwell E, Evans M, et al. Overweight dogs are more likely to display undesirable behaviours: Results of a large online survey of dog owners in the UK. J. Nutr. Sci. 2017;6:1-6.

21. International Renal Interest Society. IRIS staging of CKD 2019. chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://static1.squarespace.com/static/666b9ecb4064a156963b4162/t/66a6dbc90ca6986e1b5c06bd/1722211273243/2_IRIS_Staging_of_CKD_2023.pdf Accessed 23rd September 2025.

 

Georgia Woods-Lee

Georgia Woods-Lee

BSc (Hons), RVN, CertCFVHNut, VTS (Nutrition), Université de Liverpool, Hôpital universitaire pour animaux de compagnie, Liverpool, Royaume-Uni

Georgia Woods-Lee est auxiliaire spécialisée vétérinaire (ASV) depuis 2004. Avant de devenir manager et coach de l’équipe d’ASV d’une clinique pour animaux de compagnie en 2010, elle a exercé en clientèle mixte, dans une structure de cas référés et dans un service d’urgences vétérinaires. En 2015, elle a rejoint la Royal Canin® Weight Management Clinic à l'école vétérinaire de Liverpool et depuis, elle se consacre exclusivement à la santé et à l’alimentation des animaux obèses. Elle a obtenu le certificat en Canine and Feline Veterinary Health Nutrition (CFVHNut) en 2017, l’American Veterinary Technician Specialist (VTS) Certificate en nutrition en 2019 et une licence en biologie vétérinaire (BSc Veterinary Nursing) avec mention en 2022.

Alexander German

Alexander German

BVSc (Hons), PhD, Cert SAM, Dipl. ECVIM-CA, SFHEA, FRCVS, Université de Liverpool, Hôpital universitaire pour animaux de compagnie, Liverpool, Royaume-Uni

Le Dr. German a obtenu son diplôme en médecine vétérinaire avec mention à l'Université de Bristol en 1994, puis a effectué un doctorat (PhD) dans la même institution en 2000, où il travaille toujours aujourd’hui. Diplômé du Collège européen de médecine interne vétérinaire et spécialiste reconnu en médecine interne par le RCVS, il occupe actuellement le poste de professeur de médecine des animaux de compagnie au sein de la chaire Royal Canin®. Vétérinaire, enseignant et scientifique, il estime donner le meilleur de lui-même en combinant ces trois rôles. Ses principaux domaines d'intérêt clinique et de recherche sont la biologie de l'obésité, la prévention des maladies chroniques et la promotion d'une croissance saine.

Partager sur les réseaux sociaux