Vivre avec des animaux est bénéfique pour l’Homme. La compagnie des animaux permet de diminuer le stress, d’apporter une stabilité dans le quotidien et d’améliorer la santé. Mais la meilleure manière de prendre soin de nos chats reste un sujet de controverses, avec certaines différences culturelles et géographiques quant aux conditions de vie jugées optimales pour les chats.
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Risques accrus liés à la vie en intérieur
Risques accrus liés à l'accès à l’extérieur
Un environnement monotone et trop prévisible est source de stress [9]. Les chats risquent alors de ne pas pouvoir exprimer des comportements inhérents à leur nature féline. Le stress psychologique et physiologique qui en résulte peut se traduire par des comportements problématiques (comportements naturels mais indésirables de type marquage urinaire ou griffades), des problèmes comportementaux (auto-toilettage compulsif, par exemple) ou des maladies organiques. Les signes de stress et d’anxiété peuvent être bien visibles (modifications de l’appétit, de l’auto-toilettage, augmentation des vocalisations, de l’isolement, de la vigilance, agressivité, marquage urinaire ou comportements compulsifs… (Figure 1)) ou plus discrets (baisse de l’activité, du jeu, des comportements exploratoires, du marquage facial, des interactions avec les humains et les autres animaux…) [10].
Certaines maladies organiques sont plus prévalentes chez les chats d’intérieur (Tableau 1). Il est toutefois possible d’argumenter que ces chats étant a priori plus étroitement surveillés, leurs changements de comportements sont plus facilement détectés, ou qu’étant plus fréquemment examinés par un vétérinaire, leurs maladies sont mieux identifiées que chez les chats qui vont et viennent librement, mais cela n’est qu’une supposition. Selon une source, la différence entre facteurs de stress physiques et psychologiques est pure illusion. Les mécanismes de défense de l’hôte répondent de manière pertinente et adaptée aux deux [11].
Pour réduire le stress chez le chat, il faut bien comprendre qui il est, et ce dont il a besoin. Le chat est un animal territorial, et son territoire est établi autour des ressources essentielles, principalement la nourriture. Les mâles comme les femelles marquent leur territoire de manière olfactive : en urinant, en se frottant contre des objets et en griffant des surfaces verticales (ce qui fournit des signaux à la fois olfactifs et visuels). Les territoires et leurs ressources peuvent être partagés dans le temps entre les animaux, de sorte que les chats échappent à la confrontation en évitant le contact. Le conflit n’arrive qu’en dernier recours, quand la fuite est impossible. Les chats ont besoin d’intimité pour se cacher, se sentir en sécurité, observer, se reposer tranquillement et dormir, tandis que les positions stratégiques permettent aux chats d’éviter ou d’esquiver les intrus, prédateurs et autres menaces. Socialement, les chats peuvent vivre seuls ou en groupes. Les colonies sont formées de femelles apparentées à leurs portées, tandis que les mâles vont et viennent pour se reproduire, bien qu’ils puissent également aider à prendre soin des jeunes de leur lignée jusqu’à leur maturité, sexuelle ou sociale [12].
Les Cinq Libertés, établies pour la première fois en 1965 pour définir le bien-être des animaux de rente*, ont plus récemment été adaptées aux chats [3] :
* The Brambell Report, décembre 1965 (HMSO London, ISBN 0 10850286 4).
Alors que la grande majorité des chats vivant à l’intérieur sont bien nourris, abreuvés et soignés dès qu’une maladie est détectée, nombre d’entre eux n’ont pas la possibilité d’exprimer des comportements propres à leur espèce. Cela peut être source de stress, de peur, de comportements indésirables et éventuellement de maladies. Ces comportements normaux incluent : jeu, exploration, observation, chasse, alimentation, abreuvement, auto-toilettage, griffades, déplacements, marquage olfactif, élimination, repos et sommeil [13] [14] [15]. En outre, les chats sont crépusculaires, c’est-à-dire que leurs pics d’activité coïncident avec l’aube et le crépuscule.
Selon la disponibilité des ressources, les chats qui vivent en liberté occupent de vastes espaces allant d’un demi à 1.000 hectares. Les appartements sont clairement trop petits pour un chat moyen, et cette situation est aggravée par la présence de chats étrangers [12]. Un environnement intérieur doit se composer d’au moins deux pièces, mais les chats ont également besoin d’un espace complexe et stimulant en 3 dimensions. S’il a la possibilité de grimper, le chat peut prendre de la distance par rapport aux autres chats, surveiller l’environnement et anticiper les stimuli suspects pour les éviter [3]. La majorité des chats supportent mal de vivre avec d’autres chats s’ils n’ont pas été socialisés ensemble. Les adultes habitués à sortir peuvent avoir du mal à s’adapter à la vie confinée en appartement. Toutefois, s’ils ont été bien socialisés chatons, présentés progressivement (sur plusieurs mois) aux nouveaux chats, et s’ils disposent d’assez d’espace et d’un nombre suffisant de ressources séparées, les chats peuvent bien vivre ensemble (Figure 2). Les chats peuvent également bien vivre avec un chien ou un autre animal de compagnie à condition qu’ils aient été habitués les uns aux autres.
Un espace sécurisé : à savoir un endroit où le chat peut se reposer, se détendre et dormir sans peur. Les chats doivent également pouvoir observer leur environnement depuis cet endroit, ou un autre point de vue ; l’espace en question est donc souvent surélevé. Un recoin dans un arbre à chat ou une étagère permet au chat de rester caché et d’avoir un sentiment de contrôle. L’auto-dissimulation est un comportement adaptatif essentiel pour les chats : ne pas pouvoir se cacher peut contribuer au stress et aux maladies [12] (Figure 3). Si le chat cohabite avec un autre chat, un chien ou une personne susceptible d’envahir son espace sécurisé, il est essentiel que le chat ne se sente jamais piégé, et cet espace doit donc avoir plus d’une entrée. Il faut au moins un espace sécurisé par chat, ces espaces étant séparés les uns des autres et éventuellement disposés en fonction des restrictions physiques individuelles – un chat à mobilité réduite doit par exemple disposer d’une rampe d’accès ou d’un espace de plain-pied facile d’accès.
Ressources environnementales nombreuses et séparées : sachant que le territoire est basé sur la disponibilité des ressources, les chats doivent pouvoir accéder à toutes les ressources clés sans s’exposer à un risque réel ou supposé de danger. Les ressources fondamentales incluent : nourriture, eau, bacs à litière, aires de griffage et de jeu, et zones permettant l’observation, le repos et le sommeil. Bien que les chats soient socialement grégaires, ils chassent et mangent seuls [20]. S’ils sont des prédateurs, ils peuvent aussi devenir des proies s’ils se trouvent pris au dépourvu, et les bacs à litière avec couvercle peuvent contribuer, dans les foyers où cohabitent plusieurs chats, au stress lié à la peur réelle ou anticipée d’une attaque. La séparation des ressources permet de réduire la compétition et les risques d’attaque, chaque ressource étant située dans un endroit séparé des autres plutôt que dans l’espace du chat [20]. En outre, les chats doivent avoir le choix pour chaque ressource : au moins deux gamelles de nourriture, deux gamelles d’eau, deux litières… Ces dernières doivent être de grande taille – au moins 1,5 fois la longueur du chat (Figure 4) – nombreuses (au moins une par chat) et propres. Chaque chat a ses propres préférences concernant le type et la profondeur de la litière ; la terre et le sable étant les substrats naturellement utilisés pour les besoins des chats, les litières sableuses ou argileuses fines sont bien acceptées par la majorité des chats. Les bacs à litière doivent être répartis dans tout le foyer, tout comme les autres ressources, et éloignés des sources de bruits intenses et imprévisibles (machine à laver, chaudière, par exemple). La litière sale doit être ramassée au moins une fois par jour (de préférence davantage) et les bacs complètement vidés et nettoyés une fois par semaine.
Les surfaces à griffer (griffoirs) doivent être stables. Des panneaux lourds et immobiles recouverts de tapis ou d’une natte de sisal, jonc ou rotin, ou des surfaces de carton ondulé (posées au sol ou fixées au mur) constituent de bonnes options. Les postes d’abreuvement doivent consister en une variété de bols, gamelles, fontaines ou de robinets qui gouttent. L’eau doit toujours être fraîche. Dans l’environnement sécurisé du foyer, les vibrisses du chat peuvent toucher sans problème le bord des gamelles d’eau ou de nourriture, mais dans un environnement non sécurisé comme une clinique vétérinaire, les gamelles doivent être larges et plates (Figure 5a) (Figure 5b). Cela est dû au fait que les vibrisses du chat sont sensibles au mouvement de l’air ; si le chat ressent le besoin d’être vigilant (dans une clinique, par exemple), il pourra éviter d’utiliser une gamelle qui limite sa capacité à sentir les mouvements de l’air. Si les chats ont développé des liens d’affiliation et s’ils appartiennent au même groupe social, ils peuvent partager les ressources, mais il est toujours nécessaire de séparer physiquement les différentes ressources (la gamelle d’eau ne doit pas être à côté de celle de nourriture, par exemple) et chaque chat doit disposer d’au moins un poste d’alimentation.
Besoins d’occupation : les chats doivent jouer et chasser et, comme nous l’avons déjà indiqué, la prédation occupe une grande partie de leurs journées. Ils doivent pouvoir s’engager dans toutes les phases de la séquence prédatoire : localisation, pistage, poursuite, attaque, mise à mort, préparation et consommation de la proie. Dans un foyer domestique, cela se traduit par des jeux de pseudo-prédation et des comportements alimentaires. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, les chats peuvent développer ennui ou frustration et devenir obèses. Les chats jouent seuls ou avec leur propriétaire, mais rarement en groupe, à moins qu’ils n’aient été élevés ensemble. Il faut respecter un espace personnel suffisant entre les chats quand ils jouent (> 3 mètres), ou proposer des temps de jeu différents. L’exploration de nouveaux objets (boîtes ou paniers, par exemple) est également stimulante, et certains chats peuvent préférer certains jouets [21]. Le fait de cacher leur gamelle pour qu’ils la cherchent ou d’utiliser des jouets distributeurs de croquettes offre des activités mentalement stimulantes.
Griffer est un besoin essentiel, non seulement pour aiguiser les griffes et éliminer leurs couches mortes, mais aussi pour s’étirer et déposer des phéromones sur des surfaces verticales. En plus de proposer des griffoirs, les propriétaires peuvent effectuer une coupe des griffes avec un renforcement positif en donnant des friandises. Si le propriétaire a peur que son chat n’abîme les meubles, l’utilisation de protège-griffes peut être utile (bien que cela ne dispense pas de couper régulièrement les griffes du chat) et du ruban adhésif sur une surface ou un objet de valeur peut avoir un effet dissuasif. Des détecteurs de mouvement peuvent servir au besoin à déclencher un bruit ou un souffle d’air dissuasif, mais ils doivent être utilisés avec précaution et le comportement désirable doit être récompensé. La stimulation visuelle est importante pour les chats, et au moins une zone de repos sécurisée (rebord de fenêtre, arbre à chat) doit offrir une vue sur l’extérieur (Figure 6). Les vidéos d’oiseaux, de souris et d’écureuils procurent une stimulation à la fois visuelle et auditive et elles peuvent se révéler utiles, notamment quand le chat n’a pas la possibilité de voir ou d’entendre ce qui se passe à l’extérieur. Placer une balle de ping-pong dans une baignoire vide pendant 30 minutes par jour offre une activité physique ainsi qu’une stimulation visuelle et auditive. L’herbe à chat procure un stimulus gustatif apprécié de beaucoup de chats, et le fait de se rouler sur un tapis doux (parsemé d’herbe à chat) offre une stimulation tactile.
Respect de l’odorat du chat : les chats utilisent leur odorat pour percevoir le monde de façon beaucoup plus importante que nous. Ils sont également capables de détecter des phéromones et de communiquer avec. L’environnement aromatique – délibéré ou non – créé par l’Homme peut fortement impacter les chats. Les désodorisants, produits de nettoyage, parfums et litières parfumées peuvent nous plaire mais néanmoins perturber un chat. Les odeurs ramenées de l’extérieur sur les chaussures ou par un visiteur peuvent être menaçantes pour un chat. Il faut donc limiter l’utilisation des produits parfumés et laisser les chaussures et les sacs de course à l’entrée pour aider à réduire les menaces perçues. L’herbe à chat ou cataire (Nepeta cataria), le bois de chèvrefeuille (Lonicera tatarica), la racine de valériane (Valeriana officinalis) et la vigne argentée (Actinidia polygama) sont des stimulants olfactifs agréables (Figure 7). Utiliser du linge ou un coussin imprégné d’une odeur familière peut, à la maison ou à la clinique, rassurer l’animal. Il faut donc éviter de laver tous les coussins du chat en même temps pour préserver une continuité olfactive. Les nouveaux objets (meubles, par exemple) ramenés à la maison doivent être exposés au chat après les avoir frottés avec un vêtement qui a été en contact avec les glandes odorifères de l’animal. Ces glandes, qui produisent une variété de phéromones, sont situées sur les joues, en région temporale, autour du museau, sur la queue et sur sa base dorsale, et entre les doigts. Quand un chat marque une surface avec sa joue ou ses griffes, il y dépose son odeur et la rend familière ; il ne faut donc pas laver ces marquages odorants. Placer des surfaces à griffer solides (verticales ou horizontales) à différents endroits de la maison (mais surtout à l’entrée) aide à offrir au chat une sécurité sans qu’il ait besoin de recourir au marquage urinaire pour définir son territoire. Des phéromones de synthèse reproduisant des fractions de phéromone faciale sont commercialisées dans de nombreux pays et peuvent contribuer au sentiment de sécurité.
Margie Scherk
Le monde social : constance et prévisibilité sont des éléments essentiels aux interactions positives entre le chat et l’Homme. Comme nous l’avons déjà indiqué, la socialisation entre 2 et 8 semaines d’âge est cruciale pour que les chats puissent bien vivre avec les humains. Pendant cette période, les chats doivent être manipulés par au moins quatre personnes différentes et confrontés en douceur à de nombreuses et courtes expériences avec un renforcement positif. Bénéficier de l’attention des humains est très important pour les chats, mais ils préfèrent souvent des interactions plus fréquentes et moins intenses que nous ne l’imaginons. En outre, les chats aiment choisir le moment et l’endroit du contact social. Plus le propriétaire répond aux sollicitations du chat, plus le lien entre eux sera fort. Après avoir d’abord reniflé la personne, la plupart des chats préfèrent être caressés au niveau de la tête et du cou plutôt que sur tout le corps. Quand un chat décide de partir, il ne faut pas prolonger le contact. Bien sûr, les chats sont tous différents et certains préfèrent les jeux plus directs et énergiques. Mais pour se familiariser avec un chat, les bonnes manières félines prescrivent les caresses sur la tête et le cou uniquement. Regarder les chats dans les yeux (les fixer) est menaçant pour eux. Certains chats préfèrent être caressés ou brossés, tandis que d’autres préfèrent des interactions davantage orientées vers le jeu.
Les chats passent plus de 3,5 heures par jour à faire leur toilette 14 et ce comportement est clairement important. Quand un chat ne vit pas avec un autre chat qu’il peut toiletter ou qui le toilette, il pourra être nécessaire que le propriétaire intervienne. Mais comme dans le cas des caresses, à moins que le chat ne le sollicite expressément, le brossage doit se limiter à la tête et au cou [15] [20].
Dans la mesure du possible, des alternatives sûres à la vie confinée doivent être recherchées. Cela peut se faire grâce à des enclos sécurisés complexes et néanmoins stimulants qui empêchent les chats de s’échapper et les autres animaux d’entrer. Le marché propose différents types de clôtures et d’enclos extérieurs conçus pour les chats (Figure 8). Enfin, certains chats peuvent apprendre à marcher en laisse avec un harnais, mais il faut évidemment les laisser explorer plutôt que les tirer [3] [4].
Quand les besoins environnementaux et sociaux des chats sont satisfaits et qu’ils disposent d’assez d’espace et de ressources, ils s’adaptent souvent bien à la vie en intérieur, surtout s’ils ont été exposés très tôt à ce mode de vie. Toutefois, les chats qui ont été habitués à sortir peuvent avoir du mal à s’adapter à la vie en intérieur une fois devenus adultes. L’état actuel de nos connaissances ne permet pas de dire s’il vaut mieux que les chats vivent confinés ou qu’ils aient un accès à l’extérieur, et il existe à la fois des risques et des bénéfices liés à ces deux modes de vie. Chaque chat doit être évalué individuellement, et le bien-être de l’animal, le propriétaire et l’environnement doivent être réévalués au besoin.
Canada
Margie est diplômée de l'Ontario Veterinary College en 1982 et détient la certification des espèces félines par l'ABVP depuis 1995. Elle est fascinée par les aspects intégratifs de la physiologie, de l'anatomie, du comportement, de la nutrition et du bien-être chez les chats, a publié des études et des lignes directrices et écrit de nombreux livres chapitres sur des sujets concernant la gastro-entérologie, la nutrition, l'analgésie, la vaccination, l'hyperthyroïdie et le bien-être environnemental félin. Elle coédite le Journal of Feline Medicine and Surgery et a siégé dans de nombreuses organisations, notamment en tant que présidente de l'AAFP.
Offrir un accès à l’extérieur ne permet pas de compenser de mauvaises conditions de vie en intérieur.
Tous les besoins environnementaux et sociaux doivent être satisfaits pour la réussite de ce mode de vie, et le bien-être de chaque chat doit être régulièrement évalué.
Les chats qui vivent exclusivement à l’intérieur ont moins de risques d’être victimes d’un accident de la voie publique, de prédateurs ou d’interactions agressives avec d’autres chats ou d’autres animaux, et d’être exposés à des maladies infectieuses.
Tous les chats ne s’adaptent pas bien à la vie en intérieur, et peuvent être plus à risque de développer certains problèmes comportementaux et médicaux.
Vivre à l’intérieur n’est pas sans risque.
Prévisibilité, repères, habitudes et sentiment de contrôle sont des facteurs clés de la réduction du stress.